Lettre ouverte à Mr P. Rotman

Publié le par Général Gillis -

CERCLE POUR LA DEFENSE DES COMBATTANTS
D'AFRIQUE FRANÇAISE DU NORD (CDCAFN)
Secrétariat National : Association Soutien à l'Armée Française (ASAF)
18 rue de Vézelay 75008PARIS Tél/Fax : 01 42 25 48 43
Fédération Nationale des Anciens d'Outre-mer et Anciens Combattants des Troupes de Marine - Association
Soutien à l'Armée Française - Association des Anciens des Affaires Algériennes (les SAS) - Union Nationale des
Parachutistes - Droits des Religieux Anciens Combattants - Promotion "Victoire 1945" - Association "La
Koumis" - Union Nationale des Anciens Combattants d'Indochine, des TOE et d'AFN - Conseil National des
Français Musulmans - Union des Blessés de la Face et de la Tête "Gueules Cassées" - Fédération des Sociétés
des Anciens de la Légion Etrangère - Union Nationale des Combattants - Souvenir de l'Armée d'Afrique - Union
Nationale de l'Arme Blindée Cavalerie Chars – Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense
Nationale – Fédération Nationale des Associations Parachutistes – Fédération Nationale de l'Artillerie –

Fédération Nationale André Maginot
 
Paris, 2 novembre 2007
LE DÉLÉGUÉ NATIONAL
 
LETTRE OUVERTE A MONSIEUR PATRICK ROTMAN
 Monsieur,
Le Cercle pour la Défense des Combattants d'AFN (CDCAFN) regroupe 17 associations, représentant 800 000 adhérents. Il s'est réuni le 25 octobre 2007 pour évaluer le message délivré par le film "L'ennemi intime" dont vous êtes le scénariste.
Le pacte fondateur qui unit ces associations a pour but de défendre l'honneur de ceux qui ont servi la France dans la lutte décidée par les gouvernements de l'époque en Afrique du Nord, notamment en Algérie entre 1954 et 1962.
Les Présidents de ces associations, après avoir vu, séparément, le film "L'ennemi intime" et pris le temps de la réflexion, estiment de façon unanime que le scénario est orienté préférentiellement contre l'Armée Française et manifestement nuisible à la France par l'incitation à la haine raciale qu'il suinte.
ORIENTÉ, c'est ce qui ressort du titre du film "L'ennemi intime" reproduction littérale de celui de votre documentaire de 2002, qui chargeait, pratiquement à sens unique, l'Armée Française pour sa brutalité, voire sa sauvagerie pendant la guerre 1954-1962.
Certes, le film actuel, dans son début, montre le résultat du massacre de villageois par les rebelles, illustrant ainsi la cruauté du FLN, et, à la rigueur, pouvant justifier la recherche du renseignement par la torture de fellaghas capturés sauf que la mise en scène est outrancière, caricaturale et finalement grotesque ! Ces chaînes on se croirait revenu au Moyen-âge. En apparence par symétrie, mais en réalité disproportionnée, la charge contre l'Armée Française est orientée au point de mettre en scène un épisode révoltant, reproduction d'un "mini­Oradour sur Glane". L'accusation est tellement grave qu'il est indispensable de s'arrêter sur son mécanisme et sa mise en scène.
Le scénario est centré sur l'action d'une petite unité d'infanterie où se mêlent quelques harkis et une quarantaine de soldats métropolitains, encadrés par un seul sous-officier d'active, certes expérimenté, et un jeune officier de réserve, peu à l'aise. C'est le choix de la mise en scène de ce film-fiction, de manière à représenter de façon compréhensible l'armée régulière à base d'appelés du contingent, implantée dans les secteurs opérationnels d'Algérie. Grâce à ce procédé, inutile de montrer plusieurs unités, puisqu'il suggère, et l'on peut l'imaginer, qu'elles se ressemblent toutes. A noter qu'apparemment il n'y a pas d'appelés de souche nord-africaine, aux mentalités et motivations différentes de celle des harkis. Or, ils représentaient, en 1959, 40% de l'effectif d'une telle section. Ce qui à soi tout seul rend invraisemblable la sauvagerie d'une telle unité envers la population.
L'épisode en question, une jeep transportant trois militaires armés tombe dans une embuscade, isolée et non liée au village. Cet acte de combat normal ne justifie pas l'intervention dans le village d'un commandant, arrivant après la bataille, vêtu d'une chemise noire (allusion au fascisme, et au passage injure envers les officiers d'active) ordonnant le massacre des enfants et des femmes.
Votre récit accusateur est d'autant plus invraisemblable qu'il prend pour cible des soldats appelés du contingent, aguerris et mûris par les opérations de pacification auprès des populations. Même en l'absence de recrues de souche nord-africaine, ces appelés et leur encadrement; qui partageaient la même vie et les mêmes risques, n'auraient pas accepté sans broncher de massacrer des femmes et des enfants. Ils n'étaient ni stupides, ni lâches et vous les insultez en traitant ainsi leur comportement dans la guerre. Inutile de vous masquer derrière le faux nez de cette contorsion pseudo-philosophique de "L'ennemi intime" et de vous abriter juridiquement derrière l'artifice de la fiction : il s'agit bel et bien d'une injure.
En retour, nous qui avons réellement combattu en Algérie avec des harkis et des appelés, nous affichons notre conviction : les appelés, les harkis, les sous-officiers et les officiers subalternes de l'encadrement de contact de ces troupes étaient de bons soldats, de bons Français incapables de commettre ces crimes que vous mettez complaisamment en scène. Pour attirer le chaland ou par idéologie ?
Cette idéologie est NUISIBLE à la cohésion nationale, eu égard aux réactions possibles, probables et surtout durables, de l'importante population d'origine maghrébine face à ces crimes, dont le "mini-Oradour sur Glane". Comment voulez-vous qu'en France la population d'origine maghrébine ait envie d'aimer les Français ? Car dans votre scénario, il ne s'agit pas d'une unité d'extra-terrestres, fabriquée et mise en scène pour ce film-fiction. Non, il s'agit de combattants fournis par la conscription, c'est-à-dire par tous les foyers, toutes les familles, de toute la France. C'est donc la France qui est en cause, car ce million de jeunes Français de l'époque, les grand-pères de maintenant, se seraient conduits comme des sauvages, des nazis, vis-à-vis des grands parents et des parents de cette population d'origine maghrébine actuelle. Votre message orienté est nuisible, car il est une incitation à la haine raciale.
Je suis donc mandaté pour vous demander de bien vouloir nous fournir quelques exemples concrets de massacres, c'est à dire pour chacun le lieu, la date (au moins l'année) le numéro du régiment concerné, etc... Car vous ne pouvez à la fois prétendre que ce scénario repose sur des faits réels et refuser d'en apporter la preuve !
Nous nous chargerons de la suite à donner.
Dans l'espoir que vous ne fuirez pas votre responsabilité, je vous prie de recevoir mes salutations.
Général de corps d'armée (cr) Bernard GILLIS
Délégué National du CDCAFN

Publié dans COMMUNIQUES - INFOS

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